Aurélie Moy

Tiny houses : à la rencontre d'Aurélie Moy, fondatrice du "Ty Village"

Le premier village français de "tiny houses" (micromaisons) est né du rêve d’une toute jeune bretonne de 25 ans. Entrepreneuse qui apprend en marchant, Aurélie Moy construit un monde meilleur pour que chacun se reconnecte à la nature, aux autres et à soi-même.

Tic Time : Comment est né votre intérêt pour les tiny houses ?

Aurélie Moy : Le concept des tiny était comme une graine semée dans mon esprit depuis le lycée. Le concept résonnait en moi pour son aspect écologique, mais aussi pour l’aspect minimaliste, la liberté économique de se dire que pour 60 000 euros on peut être propriétaire de sa maison individuelle, la liberté géographique parce qu’on peut saisir toutes les opportunités professionnelles sans être prisonnier d’un territoire. Tout cela me parlait.

Jusqu’au jour où vous vous êtes lancée ?

Je terminais mes études à Sydney en Australie, je faisais un master d’ingénieur environnemental spécialisé en système durable, et j’avais pas mal de temps pour moi. J’ai commencé à remettre un peu sur la table ce sujet des tiny, à regarder par curiosité où en était le mouvement en France et j’ai envoyé, un peu comme des bouteilles à la mer, des mails aux constructeurs. Et là je me suis rendue compte que ce rêve que j’imaginais assez lointain, était finalement à portée de main alors j’ai commencé à me projeter, à imaginer les plans de ma maison.

Le Ty Village
Le Ty Village

Comment êtes-vous passée d’une seule tiny au concept de village étudiant ?

Je me suis dit c’est cool d’avoir une tiny mais il faudrait que je la mette quelque part ! On avait un terrain familial à Saint-Brieuc qui était en friche et mon père a tout de suite accepté que j’y installe provisoirement ma tiny. Je me suis donc imaginée avec cette petite tiny Suzie à Saint-Brieuc et en même temps je ne savais pas trop si j’allais rentrer en France, donc je me suis dit que je pourrais la louer à un étudiant puisque le Campus D’Armor, qui loge des étudiants et qui est assez saturé, est juste à côté. En imaginant cette petite maison qui fait à peine 20 m2 au sol occupant un terrain de 3500 m2, je me suis dit qu’il y avait la place d’en construire plusieurs, de faire un village et que ce serait une opportunité pour à la fois élargir l’offre de logement étudiant à Saint-Brieuc, en même temps de proposer un habitat écologique sans avoir à construire un gros bâtiment en béton, que ce serait l’occasion de sensibiliser les jeunes à un habitat alternatif, réversible. C’est comme ça qu’il y a eu cette bascule entre juste un projet de tiny pour moi et le projet de village de tiny destiné à des étudiants.

Il y a comme une petite lumière qui me guide, il ne faut pas avoir peur de saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent, c’est ça qui m’a fait arriver jusque-là.

En tant qu’entrepreneuse, quels défis avez-vous dû relever pour faire aboutir ce projet ?

Quand on entreprend, il faut être prêt à faire tous les métiers du monde. Avec le ty village, je me retrouve à faire de la menuiserie, de la plomberie, du ménage, de l’administratif, de la communication... Parfois, on peut avoir des coups de mou parce qu’il faut prendre des décisions sur des sujets qu’on ne maîtrise pas. Mais c’est hyper enrichissant parce qu’on apprend plein de choses, ça permet aussi d’apprendre à connaître ses points forts, ses points faibles, là où il vaut mieux aller chercher de la complémentarité avec d’autres personnes.

Le Ty village c’est aussi une belle histoire de famille ?

Oui, j’ai embarqué un peu toute ma famille dans l’aventure ! il y a mon papa, qui a beaucoup plus d’expérience dans l’entrepreneuriat, ça me permet de lui déléguer toutes les choses que je n’aime pas trop faire, les histoires de banque, d’assurance ! Il y a aussi ma grand-mère qui a une super fibre commerciale, ma sœur qui m’a donné un coup de main sur le site internet et mon frère sur les réseaux sociaux, tout le monde s’est laissé prendre au jeu des tiny !

L’écologie, c’est le fil directeur de votre vie ?

Exactement, il y a comme une petite lumière qui me guide dans cette direction depuis le lycée, je suis très à l’écoute de mon intuition, de là où mon cœur me porte et il ne faut pas avoir peur de saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent, c’est ça qui m’a fait arriver jusque-là.

Le Ty Village
Le Ty Village

Quel mode de vie choisit-on d’adopter lorsqu’on s’installe dans une tiny house ?

S’installer dans une tiny c’est s’inscrire dans une démarche minimaliste, se débarrasser d’un grand nombre de bien matériels qui ont tendance à encombrer notre vie. C’est choisir aussi un mode de vie en reconnexion avec son environnement, avec les saisons, la nature qu’il y a autour de nous, mais aussi une reconnexion aux autres dans le sens où c’est plus petit chez soi donc on a plus envie de passer du temps avec les autres en extérieur. C’est enfin une reconnexion à soi-même puisqu’on se recentre sur l’essentiel.

Avez-vous déjà pensé à créer d’autres villages de tiny ?

C’est définitivement un modèle vertueux qui mérite d’essaimer ailleurs, mais ça ne m’intéresse pas de devenir une multinationale de la tiny ! Je me concentre sur le village de Saint-Brieuc, où il y aura à terme 21 tiny, c’est déjà pas mal de travail ! Et puis je n’aurais pas envie de passer ma vie dans le train, j’ai envie de m’ancrer territorialement en Bretagne. En revanche je suis beaucoup sollicitée par des porteurs de projets qui veulent créer des villages de tiny, et j’essaie toujours de prendre le temps de répondre à leurs questions, de partager mon expérience.

Après le village de tiny, quels autres rêves vous reste-t-il à réaliser ?

J’ai encore plein de rêves ! Je vais notamment mettre un pied dans le monde agricole en expérimentant le woofing, c’est une très bonne manière d’apprendre et de se confronter à la réalité du monde agricole ou d’entamer une réflexion sur une transition personnelle vers un mode de vie paysan. Mais je suis également très attirée par la mer. Je vis sur un bateau dans le port de Saint-Brieuc, c’est une tiny avec des voiles à la place des roues, et c’est encore plus petit ! Je rêve d’aller faire un grand tour sur l’eau, voyager sans prendre l’avion, prendre le temps de ralentir.

Le conseil Tic tac

Emménager dans une maison à peine plus grande qu'une boîte de Tic Tac, ça vous tente ? De nombreuses ressources sont à disposition sur internet afin d'en savoir plus sur les habitats alternatifs et mobiles. Pas besoin de toujours tout faire en grand pour être heureux !

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