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Interview : Nicolas Talliu a créé un refuge pour les plantes négligées

Architecte paysagiste de formation, Nicolas Talliu a été interpelé par la façon dont nous traitons les plantes. Il a donc tout plaqué pour ouvrir à Lyon la “Société Protectrice des Végétaux".

Grâce à cette pépinière urbaine dédiée au bien-être des végétaux, ce jeune homme de 33 ans espère contribuer à faire changer notre rapport au végétal.

Tic Time : Comment vous est venue l'idée de crée la Société Protectrice des Végétaux (SPV) ?

Nicolas Talliu : En tant que paysagiste, je me suis vite rendu compte qu'il était compliqué de défendre le végétal. Rapidement, j'en ai eu marre de participer à des chantiers où l'on arrache des plantes pour remettre les mêmes, où l'on tue un arbre centenaire pour construire une route... J'ai donc voulu me rapprocher du terrain en allant faire de la vente de plantes d'intérieur.

C'est là que je me suis rendu compte de l'engouement pour les plantes, mais aussi de l'ignorance qui est entretenue auprès des particuliers qui les achètent. Ça m'a dégoûté, donc j'ai voulu faire de la production de plantes extérieures, mais je me suis vite rendu compte que ça n'existait plus. Plus personne ne greffe, plus personne ne plante une graine en France. On se contente d'acheter des plantes, de les faire pousser et de les vendre. Je me suis donc demandé comment faire pour sensibiliser les gens à ces phénomènes... c'est là que j'ai eu l'idée de créer la SPV.

Quels étaient vos objectifs en ouvrant ce lieu ?

J'avais trois combats. Le premier était de ramener les plantes en ville, d'où l'implantation de la pépinière dans une zone urbaine. Le second était d'éviter le gaspillage, autant pour les plantes d'extérieur que d'intérieur. Le troisième était d'arrêter de prendre les gens pour des ignorants en leur apprenant à bien s'occuper des plantes.

Vous vous définissez parfois comme un gardien de plantes, ou plant-sitter... Pour vous, la vie d'une plante a-t-elle autant de valeur que celle d'un chien ou un chat ?

Ça va même plus loin que ça ! Pour moi, la vie d'une plante a autant de valeur qu'une vie humaine. On sait tous que les plantes sont vivantes, et pourtant personne ne les respecte. Au contraire, on les exploite, on les traite souvent comme des meubles, de simples objets de décoration. Il faudrait une prise de conscience, afin qu'elle soient considérées à leur juste valeur. 

 

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Quelles sont les missions de votre pépinière ?

La récupération de plantes auprès des professionnels comme des particuliers, les soins aux plantes, mais aussi le gardiennage quand les gens partent en vacances ou se déplacent pour le travail. Comme pour un animal de compagnie, je m'occupe des plantes de mes clients quand ils s'absentent, et je leur envoie des photos régulièrement. C'est le meilleur moyen de les responsabiliser, de faire en sorte que les gens consomment moins de plantes, mais de façon plus responsable. Ça nous permettrait de moins produire, et donc de moins nuire à l'environnement.

Quels types de plantes récupérez-vous ? 

Je rachète les invendus des magasins, donc je vends beaucoup de plantes qui sont hors-saison, qui ne sont plus en fleurs par exemple. Je récupère aussi celles qui ont besoin d'un peu de soins, et qui auraient fini à la poubelle chez un professionnel. Je les acquiers à très bas prix, ce qui me permet de les revendre ensuite deux fois moins cher qu'en magasin. 

Vous recueillez aussi des plantes en mauvais état ?

À partir du moment où c'est une plante, et qu'elle est vivante, je la prends. Les magasins font très attention à avoir des plantes esthétiques pour les vendre facilement. Moi, à l'inverse, je prends les plantes qui vont être un peu tordues ou bizarres. Pour les animaux, on avait la SPA, et pour les plantes, il y a maintenant la SPV.

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Comment apprenez-vous aux gens à mieux s'occuper de leurs plantes ?

J'organise des ateliers tous les samedis matins, avec une thématique différente à chaque fois. J'y fais la promotion de tout ce qui est circuit court, je propose de revendre des boutures faites par des particuliers ou des petites entreprises. Dans un monde idéal, j'aimerais que tout le monde se mette à faire des boutures et me les apporte, parce que ça permettrait de faire une production similaire à celle d'une grosse surface de vente sans aggraver l'empreinte carbone. C'est une façon totalement révolutionnaire de produire des plantes localement. J'apprends donc aux gens à entretenir leurs plantes, mais aussi à les multiplier. Comme ça, on arrivera peut-être un jour à avoir une production locale qui passe uniquement par des circuits courts et l'économie circulaire.

Vous avez ouvert en mars 2021, en pleine pandémie de Covid-19... Ça fonctionne quand même ?

Comme les trois quarts des gens s'occupent de leurs plantes pendant le confinement, et que nous sommes considérés comme un commerce essentiel, ça marche très bien. En un mois, on a sauvé environ 1 000 plantes. Au-delà de la pandémie, j'ai énormément de soutien de gens qui adhèrent au projet. Nous sommes dans une ère où l'on parle beaucoup de durabilité et d'écologie. Tout le monde a pris conscience qu'il fallait mettre de la végétation en ville, mais personne n'avait vraiment de solution écologique pour le faire.

On vous a vu au JT, dans les journaux, sur Internet... Êtes-vous surpris de l'engouement médiatique autour de votre projet ?

Carrément ! Le fait d'avoir le soutien des médias, ça me donne plus de visibilité, ça crée une sorte de mode avec plein de gens qui viennent à la pépinière parce qu'ils trouvent ça cool. Mais je reste prudent, parce que les médias comme les gens passent vite à autre chose. Ce qui m'intéresse, c'est surtout d'avoir l'adhésion des particuliers et des entreprises, donc j'attends de voir si ces gens-là continueront à être impliqués dans le projet dans six mois.

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Quels sont vos plans pour développer la pépinière ? 

Si je veux que mon activité fonctionne sur le long terme, je dois trouver un espace plus grand, parce que pour le moment je n'ai que 300 mètres carrés... Aujourd'hui, si une grande enseigne signe avec moi, je n'aurais  pas la place d'accueillir toutes leurs plantes. Par exemple, mon hôpital à plantes est aussi mon espace de vente, ce qui n'est pas idéal. Et sur l'espace extérieur, avec les pépinières avec lesquelles je travaille, je vais récupérer 10 plantes sur un lot de 100 parce que je manque de place. C'est aussi tout l'enjeu de trouver mon terrain en milieu urbain. 

Ce serait pas plus facile si vous aviez le statut d'association ?

Si bien sûr, ne serait-ce qu'au niveau des subventions, mais si j'avais monté une association je n'aurais pas vu le jour. Si ma pépinière fonctionne aujourd'hui, c'est parce que j'avais toutes les cartes en main grâce à mon parcours professionnel et que je n'ai écouté personne. Si j'avais été une association, j'aurais dû démarcher, prouver que le projet était viable, et convaincre des gens impossibles à convaincre, donc on y serait encore.

C'est donc grâce à votre culot que d'autres parviennent à monter des associations en France, comme La Brocante Verte à Nantes ? 

Oui, j'ai défriché le terrain. Mais ce que j'aimerais, c'est qu'on me fasse passer sous le statut associatif, qu'on reconnaisse mon activité comme une activité essentielle, d'intérêt général. Mais ça ne fait qu'un mois que je me suis lancé, donc je verrai bien de quoi l'avenir sera fait.



Vous habitez dans la région lyonnaise et vous êtes intéressé par la SPV ? Voici toutes les informations dont vous avez besoin :

Adresse : 14 rue Crépet, 69007 Lyon 

Horaires d'ouverture : Du mardi au dimanche, de 11h à 18h

Si vous souhaitez participer aux ateliers de la SPV, vous pouvez vous inscrire via le site Internet de la pépinière ou sur son groupe Facebook.

 

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